20/05/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

Avec Marx ou sans Marx

01/01/1985
M. King-yuh Chang, directeur général de l'Office d'Information du gouvernement.

Une discussion du dernier aspect de la politique de Pékin

« Quand j'emploie un mot, dit Humpty-Dumpty, le gros oeuf, à Alice au cours de son voyage au pays des merveilles, cela veut dire que je le choisis pour sa signification, rien de plus. » Cet exemple s'applique parfaitement aux communistes chinois quant au choix des mots, et, puisqu'il y a un exemple, rien ne peut mieux le résumer d'une manière aussi éclatante que la déclaration des communistes chinois publiée avant la fin de l'année dernière.

Le 7 décembre, l'organe du parti communiste chinois, Le quotidien du peuple, créa une vive émotion à travers le monde avec l'éditorial à la une Théorie et réalisme. II proclamait enfin la reconnaissance que le marxisme-léninisme était complète­ment dépassé sans pouvoir résoudre les problèmes de continentale. Un renoncement téméraire et sans précé­dent d'une reprise en sous-oeuvre de l'idéologie du parti com­muniste chinois.

« Marx est mort il y a 101 ans. Son oeuvre est plus que cente­naire, dit en substance l'article. Certaines conceptions sont celles de son temps alors que la situation a totalement changé. Certaines idées ne sont plus du tout d'actualité. Il y a beaucoup de choses que Marx, Engels et Lénine n'ont jamais goûtées, ni même connues. Nous ne pouvons dépendre des oeuvres de Marx et Lénine pour ré­soudre nos problèmes actuels. »

Selon des dépêches d'agences de presse en provenance de Pékin, des responsables du parti révélèrent que l'éditorial était fondé sur les remarques faites par Hou Yao-pang [Hu Yaobang], secrétaire général du parti, lors d'une allocution prononcée devant les chefs responsables de la propagande des provinces de Chine continentale, en fin novembre 1984. Celle allocution avait pour thème principal des questions idéolo­giques concernant les dernières réformes économiques du régime communiste.

Le lendemain, tandis que le monde entier titraient à la une la renonciation, le même quotidien publiait un rectificatif de trois lignes, modifiant la phrase-clé du texte original. II fal­lait lire: « Nous ne pouvons dépendre des oeuvres de Marx et Lénine pour résoudre tous nos problèmes. » Dans la version origi­nale. le terme « tous» ne figurait pas.

Wou Ching-tang [Wu Xingtang], porte-parole du Comité central du parti communiste chinois, ajouta le Il décembre que « le marxisme était jondamentalemem indissociable de [communiste]. »

Au XVIIe siècle, un érudit japonais, en tentant une analyse de , avait écrit qu'elle ressemble à « un aperçu à travers du jade ». L'objet du regard devienl tout à coup opaque et translucide, brumeux et clair, et par-dessus tout fascinant. Pas comme continentale.

Une interview de M. King-yu Chang (pron. Tching-yu Tchang), porte-parole du gouvernement de Taïwan, replace les intentions des communistes chinois à leur juste valeur. Malheureusement, la « fascination », issue de la première impression du parti communiste chinois diffusée par la presse mondiale sans idéologie communiste, demeure bien grande pour ceux qui se chargent maintenant de la détruire.

M. Chang, quel message faut-il inter­préter dans la répudiation publique du marxisme, avancée puis retirée une fois de plus par les communistes chinois?

Elle contient justement plusieurs mes­ sages. D'abord, l'annonce que le marxisme est dépassé est en fait l'admis­sion de la faillite du marxisme et des échecs des programmes marxistes par Pékin. Pendant trente-cinq ans, la poli­tique des communistes chinois n'a réalisé que pauvreté et arriération à travers tout le continent, un développement in­dustriel stagnant, une défense militaire complètement en retard par rapport aux pays occidentaux ou au bloc soviétique et une triple crise de confiance très grave. En butte à celle situation, la faction réformiste de Teng Siao-ping [Deng Xiaoping] tente de se dégager du corset marxiste-léniniste pour une stratégie pragmatique, créatrice et spécifiquement chinoise en vue de la modernisation.

Bien que celle dernière déclaration soit directe et soudaine, elle n'est pas sans précédent. L'histoire rappelle que les prophètes des années passées ont sou­ levé le problème. Le docteur Sun Yat­-sen a déjà souligné, lors d'un manifeste commun avec Adolphe Joffé, l'émissaire de soviétique en Chine en 1923, qu'il n'était pas possible de mettre en place le communisme ou de créer un système soviétique en Chine puisqu'il n'existait pas de conditions favorables qui lui permettent de réussir. Et la même année, après son séjour de trois mois en Union soviétique, le président Tchang Kaï-chek en est venu à la même conclusion et devint convaincu que les institutions politiques soviétiques étaient des instruments de tyrannie et de terreur et, en tant que tels, fondamentalement incompatibles avec les idéaux politique du Kouomintang.

La dernière déclaration multiple de communistes chinois indique qu'ils son pris dans un dilemme important : ils ne peuvent pas s'opposer au marxisme-léninisme ni n'ont les moyens de le faire. Pour répondre efficacement à la crise économique du continent chinois la faction plus pragmatique de Teng Siao ping n'a d'autre alternative que d'utiliser quelques ordonnances économiques de marché pour remédier à la maladie socialiste au moyen d'une politique de « porte ouverte sur le monde extérieur et de stimulation de l'économie intérieure ».

Bien sûr, de tels efforts se heurtent à une vive opposition de la part des factions anti-Teng et pro-Mao qui citent toujours les enseignements du marxisme-léninisme-pensée de Mao pour critiquer les manquements de Teng Siao-ping au marxisme classique et sa ré­bellion contre l'orthodoxie communiste. Celle lourde pression l'oblige à recourir à répudier le marxisme-léninisme.

Bien entendu, cela met aussi en lumière les signes croissants de dissensions à propos des structures, qui résultent de contradictions internes du parti communiste.

Pourriez-vous nous définir les contradictions les plus significatives?

L'une est le conflit grandissante entre les factions pour ou contre Teng Siao­-ping. La dernière comprenant deux élé­ments distincts :

- Ceux qui ont obtenu des privilèges grâce à la « révolutionculturelle ». Bien que Houa Kouo-fong [Hua Guofeng] et la « bande des quatre » aient déjà perdu le pouvoir, il y a environ dix-huit millions de membres du parti communiste qui ont rejoint le parti au cours de la « révolution culturelle ». Ils sont naturellement en faveur de la politique égalitaire et ra­dicale de Mao Tse-tong et fortement opposés à toute réforme.

- Les anciens, conservateurs, comme les dirigeants Yé Kien-ying [Ye Jianying], Li Sien-nien [Li Xiannian], Tchen Yun [Chen Yun] et Peng Tchen [Peng Zhen], accusent Teng Siao-ping de se tourner vers le capitalisme pour obtenir de l'Occident un appui en matière de technologie, de science et d'investisse­ments. Ils proclament que, même si Teng Siao-ping parvenait à développer cenains domaines, la plus grande partie du continent resterait dans un tel état d'arriération que cela provoquerait un immense déséquilibre.

Et la faction de Teng Siao-ping mani­feste à son tour des contradictions internes importantes. Maintenant, Pékin met l'accent sur une modeste politique économique de la porte ouverte, l'abro­gation des communes populaires dans certaines régions et l'adoption d'un système de responsabilité économique, en vigueur aujourd'hui dans la plupart des zones rurales. Mais politiquement, les Tengistes sont encore très imprégnés de marxisme-léninisme et de la pensée Mao Tse-tong, un échec significatif dans la lutte entre l'idéologie et le réalisme.

Quelles sont les implications directes de cette déclaration à l'intérieur et à l'extérieur?

A l'intérieur, ce fut une tentative de prendre avantage d'un abandon partiel du marxisme pour sauvegarder la nature intrinsèque du marxisme. Pékin con­firme toujours le marxisme comme sa doctrine dans l'intention de protéger Teng Siao-ping pour faire agréer idéologiquement ce qu'il essaie de faire .

Cette expression différente du marxisme tente de communiquer aux deux factions rivales le message qu'elles ne devraient pas être obsédées par le marxisme, l'invention d'un personnage qui vécut il y a plus de cent ans. Teng Siao-ping voudrait une dérogation idéologique pour une nouvelle interprétation de sorte que son programme économique puisse se réaliser.

En fait, depuis l'an dernier, les théoriciens marxistes de l'« Académie des sciences sociales de Chine » se sont mis à chercher une nouvelle interprétation du marxisme. Tcheou Yang [Zhou Yang] a dit : « Le marxisme est une théorie en mouvement. » Yu Kouang-yuan [Yu Guang­-yuan] a comparé le marxisme à un long fleuve qui doit continuellement recevoir les eaux de ses affuents.

A l'extérieur, les communistes chinois cherchent à se forger une image de souplesse et de pragmatisme, une fausse apparence pour la communauté internationale, dans l'intention de créer une illusion de changement perpétuel de base. C'est plutôt une tromperie destinée à attirer la confiance de l'étranger et le sou­tien politique, économique, militaire et diplomatique de l'extérieur.

En calmant la vigilance de la com­munauté démocratique à l'égard de la stratégie communiste, notamment celle du communisme chinois, Pékin cherche aussi à amoindrir notre dévouement à l'anticommunisme. Et maintenant ils voudraient qu'on les croit: « Nous avons changé, alors pourquoi levez-vous toujours vos boucliers contre nous? » Mais vrai­ment, à l'exception peut-être de l'Alba­nie, le monde ne connaît pas de plus terrible dictature communiste que celle de Pékin.

Tout cela signifie-t-il que continentale est sur le point, ou en voie, d'abandonner le système communiste?

C'est un non catégorique. Le régime de Pékin a bien écrit dans sa « constitu­tion » que le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Tse-tong étaient la base idéologique sacrée du pays. Personne n'oserait réellement renier le commu­nisme sur le continent, car le marxisme­-léninisme est le rythme cardiaque même de la dictature du prolétariat. Un marxisme alléatoire provoquerait la chute du parti communiste. Cela signifierait une négation totale de leur propre régime. Evidemment, cela ne comprend que des efforts tactiques pour éliminer une résistance dogmatique au pouvoir de Teng Siao-ping.

Est-ce alors directement lié aux réformes économiques lancées par Teng Siao-ping?

Bien sûr. Les onze années de la « révolution culturelle » ont amené l'économie du continent au bord de la faillite. Depuis le retour au pouvoir de Teng Siao-ping en 1978, il a peu à peu mis en oeuvre plusieurs réformes économiques, telles que l'établissement de zones économiques spéciales et l'ouverture de quatorze ports maritimes, qui, à propos, attestent toutes la supériorité de l'écono­mie libérale et, par conséquent, aggra­vent la crise de confiance en Chine continentale. La publication du dernier document expliquant toute la politique de Teng Siao-ping, Décision sur la réforme des structures économiques, à la troisième session plénière du XIIe Comité central du parti communiste chinois a multiplié les contradictions à l'intérieur du parti. Faisant face à des contre-pressions plus fortes que jamais, Teng Siao-ping doit se justifier avec cette même idéologie.

La nouvelle politique économique li­bérale et les autres réformes des communistes chinois ont-elles une chance d'aboutir?

Non, elles n'en auront pas. L'histoire nous enseigne de nombreuses similitudes. Influencée par l'histoire de la civi­lisation occidentale après de l'Opium en 1839-1842, a dure­ment lutté au cours des périodes succes­sives de sa révolution moderne. Le « Mouvement pour se renforcer » (un programme pour renforcer la nation chi­noise en imitant les mécanismes occiden­taux, lancé par de hauts fonctionnaires de l'époque, comme Tseng Kouo-fan et Li Hong-tchang), le mouvement de ré­forme générale lancé par Kang Yeou-wei et Léang Ki-tchao et les tentatives de fonder un régime constitutionnel la der­nière année du règne de l'impératrice douairière [Ts'eu-hi] ont tous posé le principe de la doctrine « du savoir chinois comme matière de base et du savoir occidental pour la mise en pratique» et ont tous échoué pour résoudre les principaux problèmes de

Ce n'est qu'avec de 1911, lorsque le docteur Sun Yat-sen apporta le premier une solution immédiate aux problèmes chinois grâce à une approche complète, basée sur le nationalisme, la démocratie et le bien-être géné­ral du peuple que commença à réaliser sa modernisation, comme le montre la voie prise le développement actuel de Taïwan .

Il est évident que l'Union soviétique, le plus vieux pays communiste et le modèle depuis 1917, a aussi échoué pour résoudre ses propres problèmes. L'his­toire britannique est aussi instructive. Il y a un long chemin depuis (1215), le symbole du principe démocratique, jusqu'à la révolution in­dustrielle et au-delà, une évolution qui s'est faite petit à petit.

Le véritable développement consiste en un progrès cohérent et simultané de la protection légale des libertés humaines fondamentales, de la participation poli­tique, de l'ouverture sociale, du domaine culturel et du secteur économique. L'échec dans l'un des domaines énoncés ci-dessus peut aboutir à un développe­ment difforme, voire à l'échec total.

Ne dites-vous pas que Pékin penche vers le révisionnisme?

Aucun pays communiste n'a jamais été capable de mettre en oeuvre le marxisme. Le but du communisme est que le peuple fasse ce qui est dans ces possibilités et obtienne ce dont il a besoin. Or aucun régime communiste ne peut prétendre être entré dans ce que l'idéologie identifie comme une phase du communisme, car ces régimes ne peuvent ni réaliser une productivité suf­fisante ni créer l'homme moralement non égoïste.

Bien que la stratégie puisse souvent varier, la nature intrinsèque du parti ne le peut. Il continuera d'avoir recours au matérialisme, à la lutte des classe et au concept que l'Etat est le moteur de la dic­tature. C'est sur cette base philosophique que se poursuivra le dirigisme au moyen de la répression du peuple à grande échelle. Je n'attends aucun changement de ce côté-là.

Dans les milieux universitaires étrangers et la diffusion internationale de l'information, nombreux sont ceux qui peuvent maintenant avoir l'espoir excessif que continentale puisse changer. Com­ment savoir ce qu'il faut croire et qui il faut croire?

Les faits parlent beaucoup mieux que les mots. Les pays occidentaux se laissent facilement bercer d'illusions que la discussion et le contact conduiront à une coexistence pacifique avec l'Union soviétique et à une forte pression pour modi­fier son système. Toutefois, le commu­nisme a des possibilités de changement, mais jamais en rapport avec la dictature du parti, le contrôle du parti sur les ressources humaines et le but suprême de communiser le monde. Pendant des dizaines d'années, le système communiste a démontrer qu'il était un outil principa­lement destiné à la lutte pour le pouvoir, un outil pour saisir, conserver et étendre le pouvoir.

Nous portons tous une responsabilité de révéler aux peuples du monde entier les faits réels du communisme, notamment ceux du communisme chinois. Il faut demander aux dirigeants de ce monde de fonder leurs jugements sur une analyse objective et sur la réalité, et non pas sur des illusions que l'on caresse. ■

[NOLR: Pour servir de référence au lecteur, les noms des personnages chinois vivants cités dans ce texte sont suivis, à la première mention, de l'orthographe utilisée par la presse française.]

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